Alcoolo-dépendance : conséquences cognitives et cérébrales

ALCOBRAIN est un projet de recherche mené auprès de patients alcoolo-dépendants sans complication neurologique apparente (AD), de patients ayant un syndrome de Korsakoff (SK) et de sujets contrôles (Fig. 7). Ce programme de recherche combine une évaluation neuropsychologique approfondie, des examens d’imagerie multimodale, ainsi qu’un prélèvement sanguin. Les inclusions nous permettent déjà d’envisager la publication de certaines données mais elles se poursuivent afin d’augmenter notamment l’effectif du groupe de patients SK. ALCOBRAIN est en partie réalisé en collaboration avec l’Université de Stanford aux Etats-Unis.

Fig. 7. Protocole expérimental ALCOBRAIN.

L’évaluation neuropsychologique comprend des épreuves originales de cognition sociale. L’objectif est d’examiner les capacités de Théorie de l’Esprit affective et cognitive ainsi que la conscience que les patients ont de leurs éventuels troubles. Nous cherchons également à déterminer s’il existe des liens entre les atteintes de la Théorie de l’Esprit et les altérations cérébrales structurales et fonctionnelles. Une épreuve originale (BEARNI) a été mise au point dans le laboratoire afin de permettre le dépistage des troubles neuropsychologiques liés à la consommation chronique et excessive d’alcool dans les services d’addictologie où une évaluation neuropsychologique complète n’est pas envisageable. Nous faisons l’hypothèse que BEARNI est un outil sensible, spécifique et prédictif des troubles observés lors d’une batterie neuropsychologique complète. Les troubles neuropsychologiques des patients AD, et notamment leurs disfonctionnements exécutifs, pourraient contribuer à l’impulsivité élevée des patients AD. Nous souhaitons donc examiner les liens entre impulsivité, fonctions exécutives et traits de personnalité afin de préciser si l’impulsivité peut être considérée comme une manifestation clinique du syndrome dysexécutif de certains patients AD ou si elle est davantage le reflet de la personnalité pré-morbide.

Les examens en imagerie multimodale comprennent notamment une IRM anatomique et une TEP-FDG qui permettent la comparaison quantitative des atteintes structurales et métaboliques. Cette analyse a déjà été conduite dans le laboratoire chez des patients SK mais n’a fait l’objet d’aucune recherche dans l’AD. Une séquence IRM en tenseur de diffusion (ITD) est également incluse dans notre protocole d’imagerie. Les analyses permettront de comparer les atteintes de la microstructure de la substance blanche dans l’AD et le SK afin de préciser les altérations de connectivité structurale spécifiques du SK. Les données d’ITD permettent également de reconstruire les faisceaux de fibres blanches en tractographie. Appliquée au thalamus, l’utilisation de cette technique permet la segmentation des différents noyaux thalamiques ainsi que la quantification de leur volume et de leur connectivité. L’objectif est de comparer l’altération des différents noyaux thalamiques dans l’AD et le SK selon les réseaux cérébraux auxquels ils appartiennent. Des données en IRM fonctionnelle au repos ont également été collectées chez l’ensemble des sujets inclus. Leurs analyses nous permettront d’examiner la connectivité fonctionnelle chez les AD et les SK et ainsi de mettre en évidence la spécificité des atteintes de connectivité fonctionnelle des patients SK en lien avec leur amnésie.

Les prélèvements biologiques réalisés pendant l’hospitalisation en addictologie renseignent notamment sur le fonctionnement hépatique et le métabolisme thiaminique. L’objectif est de déterminer si les niveaux de fibrose hépatique et de thiamine (et de ses dérivés phosphatés) circulant dans le sang contribuent à l’hétérogénéité des troubles neuropsychologiques et des atteintes cérébrales observés dans l’AD et le SK.

Un autre facteur pourrait expliquer l’hétérogénéité des disfonctionnements cérébraux observés : le sommeil. Dans le prolongement d’ALCOBRAIN, nous allons débuter un projet portant sur les effets de l’alcoolo-dépendance sur la qualité du sommeil évaluée de manière subjective (par le biais de questionnaires) et objective (actimétrie, polysomnographie). L’objectif est d’examiner le sommeil de manière dynamique : dans la semaine précédant l’hospitalisation (alcoolisation), pendant le sevrage, à l’issue du sevrage et à distance de la prise en charge. L’hypothèse est que les patients AD ayant des troubles du sommeil ont des atteintes neuropsychologiques et cérébrales plus sévères que ceux n’ayant pas de troubles du sommeil.

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