Suppression mnésique et santé mentale

Chef de projet : Pierre Gagnepain

L’oubli a longtemps été considéré comme une défaillance de la mémoire, la disparition involontaire des souvenirs marquant notre incapacité à nous rappeler de toutes nos expériences passées. Pourtant, ces dernières années, l’oubli est devenu une thématique à part entière de la recherche sur la mémoire : partie intégrante du processus même d’encodage des souvenirs, qui procède par sélection et donc par élimination de certaines informations, mais aussi étape nécessaire dans la construction d’une mémoire saine, notamment par rapport aux événements traumatisants. Selon cette perspective, l’oubli n’est pas seulement associé au passage délétère du temps mais correspond à un mécanisme de contrôle actif permettant d’effacer de sa mémoire les expériences déplaisantes ou inutiles qui surgissent à notre esprit. Le cerveau a en effet la capacité d’influencer en partie, de façon à la fois consciente et volontaire, le flux des pensées et des souvenirs qui sont gardés en mémoire. Cette capacité est essentielle pour le bien être, et permet de contrôler et de réguler les différentes émotions négatives (tristesse, anxiété, peur, honte, etc.) qui peuvent accompagner nos souvenirs ou nos pensées. Ces capacités de contrôle de nos souvenirs et pensées jouent ainsi un rôle prépondérant dans la préservation de la santé mentale des individus.

L’objectif général de ce programme de recherche est de développer, à l’aide de l’imagerie par résonance par magnétique fonctionnelle (IRMf), de l’électroencéphalographie (EEG), et de l’electrocardiographie (ECG), un modèle neuro-fonctionnel des computations engagées par le réseau de contrôle inhibiteur de la mémoire saine et pathologique, afin de mieux comprendre les liens unissant cette capacité de suppression mnésique, aux états émotionnels et à la pathologie mentale. Ce programme de recherche s’appuiera largement sur le paradigme Think/No-Think (TNT) qui correspond à la méthode d’étude privilégiée des capacités de contrôle des souvenirs intrusifs. En s’intéressant au rôle adaptatif de l’oubli, ce projet s’intègre de façon innovante et élégante aux thématiques de recherche de l’unité U1077 qui a historiquement étudié les bases neurales des défaillances en mémoire dans une perspective neuropsychologique.

Syndrome de stress post-traumatique (SSPT)

Responsables : Francis Eustache, Pierre Gagnepain

Chercheurs : Mickael Laisney, Béatrice Desgranges, Jacques Dayan

Les attentats du 13 novembre 2015 et les événements du 18 novembre à Saint-Denis ont été traumatisants pour les victimes, leurs proches, mais aussi l’ensemble de la société française. En réaction à cette attaque, plusieurs équipes de recherche se sont regroupés autour d’un ambitieux programme (http://www.memoire13novembre.fr), porté par le CNRS et l’Inserm, visant à mieux comprendre la construction et l’évolution de la mémoire individuelle et collective après les attentats du 13 novembre 2015, ainsi que les conséquences de ce type d’attaque pour la santé mentale. Ce programme s’articule principalement autour de l’étude des témoignages d’une cohorte de 1000 personnes exposées plus ou moins directement aux attentats qui est couplée à une étude de corpus médiatiques et des données issues des réseaux sociaux. La combinaison de ces approches visera à comprendre l’évolution des souvenirs individuels des attentats et leur articulation avec la construction mémorielle collective, permettant ainsi d’étudier la propagation sociétale du traumatisme collectif et son influence réciproque sur la construction d’une mémoire individuelle saine. L’Unité U1077 joue un rôle majeur au sein de ce programme de recherche transdisciplinaire qui se déroulera sur 12 ans, en menant notamment le programme REMEMBER, vaste étude d’imagerie cérébrale sur près de 200 participants (dont 120 directement exposées aux attaques) visant à mieux le rôle des mécanismes de suppression en mémoire sur les capacités de résilience au trauma et l’évolution du SSPT. A plus long terme, ce type projet permettra, nous l’espérons, d’identifier des facteurs risques ou protecteurs, et ainsi de mieux anticiper et individualiser la prise en charge des personnes en remédiant aux difficultés spécifiques à chaque individu.

Etudiant : Charlotte Postel (doctorante), Giovani Leone (doctorant), Alison Mary (post-doctorante).

Stress et Mémoire Emotionnelle (SEME)

Responsables : Bérengère Guillery-Girard, Armelle Viard, Jacques Dayan

Cette étude, dont les inclusions sont aujourd’hui terminées, a pour objet de préciser les modifications neuroanatomiques et neurofonctionnelles survenant en réponse au stress traumatique chez l’adolescent. Ce projet multicentrique (CHU de Rouen, Caen et Rennes) prolonge une précédente recherche sur les altérations de la mémoire émotionnelle chez l’enfant et l’adolescent présentant un TSPT – voir Guillery-Girard et al. (2013). L’étude actuelle porte sur deux groupes d’enfants de 13 à 17 ans (patients TSPT et témoins). Un examen approfondi des fonctions cognitives est associé à des examens d’imagerie cérébrale (IRM anatomique, fonctionnelle d’activation et au repos). L’étude en IRMf d’activation a montré que les patients n’avaient aucun déficit comportemental par rapport aux témoins alors que les résultats d’imagerie ont montré des changements d’activité et de connectivité chez les patients entre le cortex préfrontal et l’amygdale, régions cérébrales impliquées dans la régulation émotionnelle – voir Dégeilh et al. (2017). L’étude d’IRMf au repos a permis d’examiner l’activité du réseau par défaut. Nos résultats montrent une connectivité réduite entre le cortex cingulaire postérieur et l’hippocampe qui serait associée à la sévérité du trauma chez les patients. Ces résultats rendraient compte des intrusions dans le TSPT adolescent – Viard et al. (en révision). Cette recherche permet, outre une meilleure compréhension des séquelles psychiques, l’établissement de profils mnésiques qui pourrait aider au diagnostic et au suivi des jeunes patients présentant une symptomatologie post-traumatique.

Figure SEME

Altérations cérébrales anatomiques et fonctionnelles liées au TSPT chez l’adulte (voir pour revue, Dégeilh et al., 2013).

Etudiant : Charlotte Postel (doctorante).

Collaborations : Services de pédopsychatrie des CHU de Caen, Rouen et Rennes.

Trouble obsessionnel compulsif (TOC)

Responsable : Pierre Gagnepain

Les TOCs sont une forme d’anxiété relativement commune et fréquente qui touche approximativement 2-3% de la population. Les TOCs sont caractérisés par une anxiété importante, des obsessions (persistance d’images et de pensées intrusives associées à des contenus stressants), des compulsions (activités répétées), et impactent sévèrement l’adaptation quotidienne des personnes souffrant de ce dysfonctionnement. Les personnes souffrant de TOCs éprouvent de grandes difficultés à empêcher et contrôler la résurgence d’images non désirées et déplaisantes à leur esprit. Ces intrusions visuelles vives et stressantes illustrent les dysfonctionements du système de contrôle inhibiteur de la mémoire dans cette pathologie, et sont souvent à l’origine de leur comportement compulsif. Deux équipes spécialisées dans l’étude et l’imagerie multimodale chez les sujets sains et patients psychiatriques, l’unité UMR-S INSERM-EPHE-UNICAEN U1077 et l’équipe ISTS (UMR-S 6301 CNRS-CEA-UCBN), joignent leurs efforts autour du programme SUPTOC pour développer une approche intégrée des dysfonctionnements neuraux en jeux dans cette pathologie. Les objectifs de ce projet sont d’identifier grâce à l’imagerie cérébrale et le paradigme TNT les altérations neurofonctionnelles sous-tendant les défaillances de contrôle inhibiteur dans les TOCs, et de mieux comprendre l’expression de ce dysfonctionnement sur les caractéristiques physiologiques de la réponse émotionnelle.

Collaboration : Anaïs Vandevelde, Sonia Dolfus

Impact de la suppression mnésique et réponse émotionnelle

La présence récurrente et excessive d’intrusions visuelles, généralement extrêmement vives, détaillées et associées à des contenus stressants, est une caractéristique commune à nombre de pathologies mentales. Un objectif majeur des neurosciences cliniques est de comprendre les mécanismes qui permettent de supprimer ces souvenirs intrusifs tout en réduisant le stress qu’ils génèrent. Au cours d’une étude récente d’imagerie cérébrale (Gagnepain et al., 2017), nous avons pu montrer que la suppression mnésique permettant de bloquer l’accès conscient au souvenir déclenche également en parallèle la suppression de son contenu émotionnel. En ciblant l’amygdale, une région clef de la réponse émotionnelle, les mécanismes de suppression non seulement réduisent la quantité d’intrusion mais diminuent également leur impact émotionnel. L’objectif du programme ENGRAMME est d’aller plus loin et d’évaluer l’influence de la suppression mnésique sur la réponse émotionnelle cardiaque lorsque la personne est de nouveau confrontée aux éléments volontairement supprimés de la mémoire. Ces données permettront notamment d’étayer les modèles neurophysiologiques qui prédisent un lien entre l’hyperactivité de l’amygdale et les évènements cardiaques, mais également tester la validité des techniques de suppression mnésique en tant qu’outils thérapeutique permettant la réduction de réponse émotionnelle et anxieuse associée aux intrusions et au cœur de nombreuses pathologies mentales.

Etudiants : Nicolas Legrand, Olivier Etard

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