Table ronde franco-ukrainienne sur la prise en charge du psychotraumatisme : principaux enseignements

Le mardi 24 mars 2026 était organisée par la Chaire UNESCO « Droit, histoire et neurosciences pour une paix durable » une table ronde intitulée « Soigner le traumatisme en contexte de guerre », coordonnée scientifiquement par le professeur de psychiatrie Eric Bui, qui s’inscrit ainsi dans une initiative du laboratoire NIMH.
Cette table ronde, également réalisée dans le cadre d’une collaboration hospitalière entre le CHU de Caen Normandie et le Centre médical régional de santé mentale d’Odessa, a permis de mettre en évidence le besoin majeur de structurer des réponses de soins plus efficaces, plus accessibles et plus largement diffusables pour la prise en charge du Trouble de Stress Post-Traumatique (TSPT), en particulier dans les contextes de crise prolongée. Si ce besoin est particulièrement manifeste en Ukraine du fait de la guerre, les échanges ont aussi montré qu’il ne s’agit pas d’une problématique propre aux zones de conflit. En France également, l’offre de soins spécialisée reste insuffisante au regard du volume de patients concernés.

Des prises en charge multiples mais sous tension
Les discussions ont permis de décrire les modalités actuellement mobilisées en Ukraine, incluant les traitements médicamenteux, les Thérapies Cognitives et Comportementales (TCC), les thérapies d’exposition, le biofeedback, la réalité virtuelle, la psychoéducation, ainsi que différentes formes d’intervention communautaire. Elles ont surtout mis en évidence des obstacles structurels bien identifiés tels que le nombre insuffisant de cliniciens formés, la saturation des structures hospitalières, la fatigue importante des professionnels, la difficulté d’accès à des psychothérapies prolongées et la persistance de la stigmatisation associée aux soins psychiatriques.
Repenser l’organisation des soins face aux besoins
Un apport important de la rencontre a été de déplacer la discussion au-delà de la seule question des traitements, vers celle de l’organisation des soins. En pratique, les échanges ont souligné l’intérêt potentiel d’approches en soins étagés, de formats groupaux, d’interventions de faible intensité et d’outils de psychoéducation pouvant être diffusés à large échelle. Cette réflexion est importante, car elle répond directement au décalage entre l’ampleur des besoins et les ressources spécialisées réellement disponibles.
Une réponse collective et des coopérations renforcées
La table ronde a également rappelé que la santé mentale est, par nature, un enjeu intersectoriel. Une réponse crédible au psychotraumatisme ne peut pas reposer uniquement sur les structures de soin mais doit aussi s’appuyer sur les écoles, les institutions publiques, les médias ainsi que les dispositifs de soutien communautaire. Ce point est particulièrement important dans les contextes de guerre ou de crise prolongée, où les besoins dépassent très largement le seul champ hospitalier.
Pour le partenariat franco-ukrainien, cette rencontre a contribué à clarifier des priorités communes en matière de traitement, de formation et de recherche, et a permis le renforcement d’une coopération hospitalière appelée à se prolonger.
Intervenants
Direction scientifique : Éric Bui, professeur en psychiatrie et responsable du CRPN
Modération : Laura Charretier, psychologue au CRPN
Discussion : Francis Eustache, professeur en neuropsychologie (NIMH) et directeur d’études à l’EPHE, Ganna Velichko, psychologue clinicienne (Odesa), Viktoriia Baskina, psychiatre, psychologue, psychothérapeute et cheffe du service des femmes (Odesa)
